Bionettoyage vapeur à l'hopital : l’avis d’un spécialiste

Interview du Docteur P-Y ALLOUCH ancien Chef de service d'Hygiène Hospitalière Centre Hospitalier de Versailles.

Sommaire :

 

 

 

Docteur ALLOUCH, pourquoi vous intéressez vous au bionettoyage ?

Mon intérêt tient à deux raisons.
La première que je qualifierai d’historique et la seconde qui a émergée au fil du temps à mesure que j’avançais dans ma carrière. Je me souviens de mon premier contact avec l’hôpital. J’étais étudiant hospitalier dans un grand hôpital parisien, à l’époque de ce que l’on appelait encore « les salles communes ».
Je me souviens encore de ce matin où je pénétrais pour la première fois dans cette enceinte hospitalière, c’était une salle commune, il y avait dans cette salle, environ 70 patients, plutôt des vieillards, qui étaient alignés sur deux rangées de lits. S’emmêlaient dans cette salle, à la fois la visite des médecins, la fin des toilettes, le nettoyage et les soins aux patients. La vue et surtout l’odeur, m’ont marqué à jamais, et je crois que c’est là que j’ai pris une de mes premières décisions : essayer de rendre l’hôpital plus accueillant.
La deuxième raison est plus scientifique. A ma sortie de l’Institut Pasteur de Paris, je tentais de mesurer la sensibilité aux antibiotiques des bactéries pour que les malades bénéficient du traitement le mieux adapté. Au fur et à mesure que les traitements antibiotiques sont devenus plus puissants, les bactéries sont devenues plus résistantes ! Ma carrière a bientôt été infléchie et je me suis intéressé à la mesure de cette résistance.
Je me suis aperçu au bout de quelques années qu’il serait sans doute plus efficace de faire que les patients ne soient pas infectés par des bactéries multi résistantes aux traitements, plutôt que d’essayer des traitements de plus en plus forts et de plus en plus inefficaces ! Vous voyez, c’est tout naturellement que j’en suis venu à m’occuper de la préventions des infections bactériennes nosocomiales ,particulièrement celles causées par les bactéries multi résistantes, donc à l’hygiène hospitalière.
Quelle est la place de l’environnement dans le cadre des maladies nosocomiales. Il nous faut préciser les choses. Les infections nosocomiales constituent un fléau vécu comme individuel par chaque « patient victime ». C’est un fléau collectif pour tous les utilisateurs et futurs utilisateurs de l’hôpital (ils sont nombreux et on parle de problème de santé publique). Nous ne sommes pas à l’armée en temps de guerre et nul ne peut accepter les « dégâts collatéraux et autres pourcentages habituels et admissibles de victimes ». Aucun individu aussi fort et aussi blasé soit-il ne peut accepter le fait de sortir de l’hôpital, plus malade qu’a son arrivée.
Certaines infections sont aujourd’hui quasiment impossibles à éviter (les pneumopathies de déglutition des patients retrouvés inanimés chez eux et imputés aux soins) ; mais il y a une catégorie d’infections nosocomiales qu’il n’est pas possible à la fois en terme de santé publique et en terme individuel de tolérer, je veux parler des infections liées à l’environnement. Par exemple, il est impossible d’accepter d’avoir une maladie très grave, d’avoir subit une intervention chirurgicale pour être greffé, de s’en sortir et au dernier moment de tomber malade d’une légionellose parce que l’eau de la douche à l’hôpital était de mauvaise qualité. C’est pour cela qu’aujourd’hui, l’environnement hospitalier doit être de très bonne qualité et qu’il doit être irréprochable. A ce titre le nettoyage, le bionettoyage
tel que nous le disons doit être d’une excellente qualité, c’est la première des mesures à prendre lorsque l’on est responsable de l’hygiène et je vous assure qu’elle est très efficace.

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Docteur ALLOUCH, faut-il donc avoir la phobie des microbes, particulièrement
dans l’environnement à l’hôpital ?


Soyons tout d’abord raisonnables. L’hôpital avant tout, c’est une énorme machine qui soigne des patients, et il soigne beaucoup plus qu’il ne nuit . Si vous n’êtes pas accueilli avec sympathie vous avez de fortes chances d’être mal soigné. Cependant sur le plan du risque infectieux, fort heureusement les choses ne sont pas aussi schématiques. Vous n’avez pas plus de chance d’attraper une infection dans le hall d’entrée de l’hôpital, que dans le hall d’entrée d’un grand cinéma. En période d’épidémie d’infections respiratoires,
grippe par exemple, vous risquez davantage la contamination dans une rame de métro, que dans le hall d’un hôpital. Il y a cependant une exigence très forte, le hall d’entrée de l’hôpital doit être aussi propre que le hall d’entrée d’un grand hôtel. A aucun moment dans le hall, malgré les va et viens, on ne doit pas voir de salissures, papiers gras, mégots de cigarettes….
Si maintenant je me porte à l’autre bout de la chaîne, c’est à dire dans un bloc opératoire de chirurgie orthopédique ou de chirurgie cardiaque, là tout doit être minutieusement vérifié. Bien sur, les sols doivent être nettoyés et désinfectés, c’est à dire sans microbes, les murs doivent être nettoyés et désinfectés, la table d’opération doit être nettoyée et désinfectée le cyalitique qui illumine le champs opératoire doit être nettoyée et désinfectée. Cette absence de microbes s’obtient en combinant plusieurs facteurs. Un lavage rigoureux des sols et des surfaces suivis par une opération de désinfection, opération visant à tuer les microbes.
Nos chirurgiens vont être littéralement empaquetés dans leur tenue opératoire pour qu’aucune des squames de leurs peaux, qu’aucun cheveux ou poils porteur de germes ne viennent au contact de la plaie ou dans l’environnement du malade. On pousse même la rigueur jusqu’à fournir au patient un air filtré distribué dans une chambre à flux laminaire. Il est hors de question de passer à côté d’un nettoyage et d’une désinfection rigoureuse des surfaces !


Est-ce que vous parlez là de ces fameuses zones à risques ?

Effectivement, c’est le sens de mon propos. Je vous l’ai dit, le hall d’entrée, comme le bloc opératoire doivent être propres. Cependant le risque infectieux n’étant pas le même au bloc opératoire et dans le hall d’entrée, la désinfection ne sera pas identique. Nous en arrivons donc à définir des zones à risque. La zone n°4 est celle où le risque est maximum. Vous l’avez compris, c’est la zone du bloc opératoire, c’est la zone des services de greffes, c’est la zone des services de brûlés, à l’opposé la zone n°1 est constitué d’endroit où le risque infectieux est quasiment nul, c’est le cas des halls, des bureaux, des services administratifs et techniques. Entre cette zone 1, dite zone à risque minime et cette zone 4 dites zone à très haut risque, on trouve la zone n°2 dite à risque moyen, c’est les zones de maternité, les soins de suite, les soins de longues durée, éventuellement la zone des laboratoires et enfin la zone 3 où les risques peuvent être sévères : les soins intensifs, la réanimation, les salles de radiographie interventionnelle. A chaque zone correspond un niveau de désinfection approprié.

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Quelles sont les différences entre nettoyage et bionettoyage ?

On comprend bien que le vieil adage « qui peu le plus peu le moins », ne s’applique pas en ce qui concerne le nettoyage à l’hôpital. Hors de question de faire le même nettoyage à la traque des bactéries dans le hall d’entrée de l’hôpital et dans le bloc opératoire. Cependant nous ne pouvons pas avoir quatre ou cinq méthodes de nettoyage de sols différentes dans l’hôpital. Il a donc fallu inventer le fameux bionettoyage.
Pour ce débarrasser des microbes il faut d’abord se débarrasser de la crasse, de la saleté derrière laquelle ils se cachent. Donc lorsque nous voulons désinfecter une surface, c’est à dire enlever les bactéries présentent sur cette surface et les tuer, nous devons dans un premier temps la nettoyer. Ce nettoyage s’obtient par une étape de détergence, c’est à dire que nous allons laver cette surface (si je prends comme détergent de l’eau et du savon, avec les bulles de savon mettre en suspension les salissures de manière à ensuite pouvoir les enlever et les rincer). Après l’étape de détergence, j’ai donc une surface parfaitement propre mais sur laquelle peuvent encore résider des bactéries. Sur cette surface propre, je vais appliquer un désinfectant qui va tuer ces bactéries. La plupart des désinfectants chimiques n’agissent pas immédiatement. Il faut qu’ils soient en contact un certain temps avec la bactérie. On applique donc le désinfectant chimique en une couche très fine qui sèche et lorsqu’elle est sèche a priori toutes les bactéries ont été tuées. C’est une méthode qui est longue puisqu’il y a d’abord la nécessité d’enlever les salissures puis de faire une détergence, enfin d’appliquer le désinfectant et de le laisser agir. Pour l’hôpital ont donc été inventées des solutions dites détergentes/désinfectantes qui en une seule opération sont à la fois capable d’enlever la salissure et de tuer les bactéries. C’est cette opération de détergence/désinfection qui constitue l’essentiel du bionettoyage.
Ce bionettoyage par emploi de solution détergent/désinfectant à cependant une limite. Je vous l’ai dit il faut laisser la solution en une très fine couche agir quelques temps. Lorsqu’elle a agit la couche s’est solidifiée et au fur et à mesure des passages de solution désinfectante, se créer un empattement de la surface, un véritable microfilm qui devient absolument contraire à l’effet que nous recherchions. Les bactéries trouvent en effet refuge sous ces couches de détergent/désinfectant en sachant qu’ au bout de quelques minutes le détergent/désinfectant qui a séché est complètement inactif. Sur le plan de la mort des bactéries donc on a une très fine pellicule sous laquelle les bactéries qui sont extrêmement inventives viennent se cacher, voir proliférer.

Nous sommes donc conduit à faire une rénovation du sol pour au bout de quelques jours nous débarrasser de ce bio film si néfaste. Si l’on saute cette étape de détergence simple, à ce moment là nos sols vont être extrêmement encrassés, collant, ternes, bref très désagréables mais surtout un vrai refuge pour les bactéries.

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Docteur ALLOUCH, y-a-t-il des avantages à adopter le bionettoyage vapeur ?

Effectivement le bionettoyage par la vapeur est une vraie alternative à l’emploi d’une solution détergente - désinfectante. Comment agit le procédé de nettoyage-désinfection par la vapeur.Schématiquement une machine de nettoyage par la vapeur est composée de 2 parties.
Première partie la cuve dans laquelle est fabriquée la vapeur, deuxième partie, les accessoires par où la vapeur est éjectée et qui vont servir au nettoyage de la surface. Vous le savez à la hauteur du niveau de la mer, la vapeur d’eau est obtenue à la température de 100°C. Si l’on monte en altitude, c’est à dire si la pression atmosphérique est moindre, la vapeur d’eau se forme à une température beaucoup plus faible.
Dans une cuve de machine à fabriquer de la vapeur, la pression va au contraire être énorme, jusqu’à 9 atmosphères pour les machines les plus perfectionnées, donc la vapeur d’eau va être fabriquée à une température extrêmement élevée. Cette vapeur d’eau va être projetée sur la surface à nettoyer et à ce moment là l’énergie énorme emmagasinée va servir à deux choses : Premièrement la vapeur va, en libérant son énergie pour revenir à l’état d’eau, fournir une grande quantité de force qui va à la fois mouiller la surface et surtout permettre que la saleté soit détergée, complètement arrachée à la surface. Deuxième utilisation : l’énorme quantité d’énergie préparée dans la cuve, va heurter les bactéries qui vont littéralement exploser. Il ne nous reste plus à ce moment là qu’à récupérer la vapeur d’eau qui s’est condensée, chargée de la saleté et des cadavres des bactéries. C’est là qu’intervient un autre élément extrêmement important : la qualité de la microfibre.
La microfibre (par abus de langage on parle de microfibre pour désigner la lingette ou « mop » tissée en microfibre), est faite à partir d’un fil, qui pèse moins d’un gramme pour 10 kilomètres. Donc sur une micro fibre vous avez des dizaines de kilomètres de fil qui vont à la fois servir de trappe pour emmagasiner l’eau et les bactéries mortes et surtout venir frotter et désincruster les particules restantes au niveau des micropores de la surface.
Donc lorsque l’on voudra acheter une machine pour faire du bionettoyage à la vapeur, il faudra être attentif :
- Aux qualités de la cuve (plus cette cuve produit de la vapeur à une pression élevée, meilleure sera l’utilisation).
- Au deuxième élément important : il faut que cette vapeur soit distribuée de manière harmonieuse sur les surfaces à nettoyer-désinfecter, donc être très rigoureux sur le choix des accessoires.
Dernier point, il faut que cette machine, soit adaptée à l’usage de lingettes en microfibre extrêmement performantes.
Voilà, se sont les 3 critères de choix d’une machine d’une bonne machine donc d’un bon bionettoyage.
 

Docteur ALLOUCH, peut-on alors complètement remplacer l’usage des nettoyants
-désinfectants par la vapeur ?

Avant de répondre complètement à votre question, je voudrais préciser quelque chose. Il me semble que la méthode de nettoyage-désinfection par la vapeur est la seule méthode permettant à la fois la détergence et la désinfection en un temps. C’est le même produit, le même processus qui apporte à la fois, la détergence et la bactéricidie. Je vous l’ai déjà dit le gros désavantage des produits chimiques, c’est qu’il faut les laisser agir suffisamment longtemps, donc les laisser sécher ;donc il faudrait s’imposer une étape supplémentaire de récupération ce qui n’est jamais fait et ce qui conduit toujours à un encrassage des surfaces.
La méthode vapeur ne peut pas être utilisée constamment, soyons raisonnable. Une infirmière va faire un soin dans une chambre, elle renverse un peu de liquide biologique ou de médicament sur une surface, il est hors de question de sortir la machine, de remplir la cuve, de la mettre en chauffe, de venir avec la machine faire le bionettoyage. Non, là on comprend bien, un nettoyage avec une détergence -désinfection chimique a et aura encore tout à fait sa place.
A l’inverse, il y a des circonstances où la méthode vapeur me paraît obligatoire. Je pense notamment à l’entretien des blocs en fin de journée ou bien lorsqu’une désinfection est indispensable. Donc là, à mon avis la place de la vapeur est indiscutable. En démarrant l’entretien, j’ai évoqué les bactéries multirésistantes, c’est à dire des bactéries, capables de ne pas, excusez-moi de la formule, être tuées par les antibiotiques les plus courants, voir même par les antibiotiques les plus forts. Très souvent ces bactéries résistent aussi aux antiseptiques et aux désinfectants, comme cela a été prouvé. Ces bactéries se rencontrent très souvent en service de réanimation et je vous dirais que pour cette raison, à la sortie d’une chambre de patient de réanimation, un nettoyage vapeur me paraît une très bonne chose. De même à la sortie d’un patient qui était infecté ou colonisé par une bactérie multirésistante, le plus simple, le plus efficace et vraisemblablement le plus économique est un bionettoyage par la méthode vapeur (4mn).

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